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Hier
Le déclic, le Dr Laurence Perault l’a eu au cours de sa toute première consultation avec une personne sourde. Malgré la présence d’un interprète, « l’expression n’était pas libre, le patient ne me regardait pas », se souvient-elle. Dans ces conditions, difficile de lui apporter aide et écoute. C’est cette frustration qui a poussé la psychiatre à se former à la langue des signes et à ouvrir, en 2016, le CMP Signes au centre hospitalier Henri-Laborit. « La communauté sourde est très importante à Poitiers, il était nécessaire de lui proposer des soins adaptés dans son mode de communication, pour faciliter l’accès, la compréhension et l’autonomie dans les soins en santé mentale. »
En France, il n’existe que quatre centres où les psychiatres sont capables d’échanger en signes : Paris, Lyon, Marseille et Poitiers. Trop peu pour toute la population sourde. « Rien qu’en Nouvelle-Aquitaine, il y a de vrais besoins médicaux », assure Laurence Perault. C’est à partir de ce constat qu’il a été décidé d’expérimenter la téléconsultation -par écran interposé, donc- en langue des signes. La première a eu lieu le 19 mars dernier.
Deux ans de réflexion
Un écran, une caméra et une connexion très haut débit. Le dispositif paraît simple, mais a tout de même nécessité deux ans de réflexion. Rien n’a été laissé au hasard, pour que la téléconsultation soit aussi fluide qu’un face-à-face. « Je dois porter des vêtements foncés pour que l’attention du patient se porte uniquement sur mes mains et mon visage à l’écran, explique notamment la psychiatre, accompagnée de Marianik Le Guen, intermédiatrice en langue des signes. Il fallait s’assurer que la technique ne freine pas l’expression. »
De l’autre côté de l’écran, le retour est positif. « Les deux premiers patients ont été très naturels, contents de s’être exprimés. » Ces entretiens ont ainsi permis d’établir un diagnostic précis et une conduite à tenir pour leur prise en charge. Soutenue par l’Agence régionale de santé, la démarche pourrait s’étendre à d’autres structures à l’avenir. « Il y a des besoins énormes en France, c’est certain. Ce serait bien de développer des soins spécifiques pour les enfants sourds. » Il reste encore beaucoup à faire pour la santé de ces personnes. « Former des professionnels à la langue des signes demande du temps, des efforts… Il faut y trouver un intérêt. Au CMP Signes, nous avons notamment pour projet de rencontrer les internes, pour les sensibiliser à ce sujet. »
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