
Hier
Recroquevillée dans un coin, Diana tient sur sa cuisse une enceinte portable. Grâce à cet objet, la petite fille de 9 ans ressent les vibrations de la musique, à défaut de l’entendre. Diana est sourde-aveugle. Dans le jargon médical, on parle de « surdicécité ». Lourdement handicapée, la fillette ne peut pas intégrer une école « ordinaire ». Elle est accompagnée par l’Association pour la promotion des personnes sourdes, aveugles et sourdaveugles (Apsa). Implantée à Poitiers depuis le XVIIIe siècle (lire ci-dessous), cette institution accueille plus de deux cents enfants et cent vingt adultes. Ici, les petits comme Diana apprennent à communiquer « autrement ». « Ils n’ont pas les mêmes repères dans le temps et l’espace », explique Mélanie, enseignante du Centre d’éducation spécialisée pour sourds-aveugles géré par l’Apsa. En mobilisant les sens valides, comme l’odorat ou le toucher, elle noue une relation particulière avec ses jeunes élèves. « Ils reconnaissent le grain de ma peau, ma coiffure, mais aussi mon parfum », détaille- t-elle. « Il faut trouver un moyen de communication, quel qu’il soit. C’est primordial », abonde Rémy. L’éducateur de l’Apsa se sert, lui, d’une imprimante 3D pour créer des objets en relief, comme des pictogrammes utiles aux échanges.
« Des citoyens à part entière »
Les jeunes handicapés peuvent rester au sein de l’institution jusqu’à leurs 20 ans, parfois un peu plus lorsqu’aucune place ne se libère dans un autre établissement. Ceux qui sont en capacité de travailler intègrent un Esat, les autres un foyer de vie ou un foyer d’accueil médicalisé. « Nous veillons à ce qu’ils ne subissent pas de rupture dans leur parcours », témoigne Guillemette, également éducatrice spécialisée.
À Biard, l’Institut Larney-Sagesse prend en charge les personnes en situation de handicap sensoriel qui ne peuvent subvenir seuls à leurs besoins. Pour autant, le personnel met tout en oeuvre pour leur permettre de gagner en autonomie. « Ce sont des adultes et nous les considérons comme tels, déclare Béatrice Ovion, directrice de l’établissement. Ils sont acteurs de leur projet et vivent comme des citoyens à part entière. » Bien loin de certains clichés tenaces, les résidents de Larnay montrent de la joie de vivre. Ils jouent aux dominos, écrivent des lettres à leurs proches, fabriquent des pompons… Ils profitent simplement de l’existence.
À lire aussi ...