A couper le sifflet

Le PB86 a perdu son premier match de la saison à domicile, face à une équipe d’Antibes portée par un Will Solomon de gala. Une défaite d’autant plus amère que les arbitres ont joué un trop grand rôle dans ce choc d’un excellent niveau…

Arnault Varanne

Le7.info

Il est rare qu’une salle tout entière scande des « Merci l’arbitre ! » ironiques pendant plusieurs minutes. Il est aussi rare qu’un match de Pro B culmine à cinquante-six fautes individuelles. Messieurs Mendès et Amrani ne laisseront pas un souvenir impérissable à Saint-Eloi. Ils ont en quelque sorte gâché la fête. Ce PB-Antibes avait tous les ingrédients d’un joli duel au sommet, engagé certes mais loyal. Il s’est transformé, peu à peu, en un concours de sifflets tous plus contestables les uns que les autres (antisportives, technique...). D’ordinaire sur la réserve en « on », concernant la prestation des hommes en gris, Ruddy Nelhomme a sorti les griffes en salle de presse. « Il nous a manqué beaucoup de petits détails (…) et un peu de respect des arbitres. Il faut qu’ils soient au niveau d’un match de top niveau de Pro B. »

Sa colère froide passera, pas le résultat d’un mano a mano séduisant, enlevé, spectaculaire, dans lequel Will Solomon a eu un rôle déterminant. Le vétéran US a allumé les premières banderilles -11pts dans le premier quart-, mais il a aussi et surtout éteint les dernières braises du retour de ses hôtes (27pts, 5fpr, 7rbds, 3inter, 31 d’évaluation). Ses deux paniers assassins aux 38e et 39e minutes (74-78 puis 78-81) ont presque tué dans l’œuf les velléités locales. Mais c’est surtout son implication sur les deux fautes litigieuses sifflées à Harley et Ona Embo, qui ont irrité au plus haut point les 2069 âmes réunies dans ce théâtre de dramaturgie. « Sur la dernière action, à deux secondes du terme, il n’y a pas faute. On trappe le joueur et les arbitres décident du sort de la rencontre », insiste Nelhomme. 

Et pourtant, à +11...


Messieurs Mendès et Amrani pourront toujours se rassurer, en invoquant un partage du « fardeau » équitable (27 fautes contre 29). Cela ne convaincra pas grand monde. Après, faire peser la responsabilité entière de la défaite sur leurs frêles épaules serait malhonnête.  Car Ruddy Nelhomme et ses hommes peuvent se mordre les doigts de ne pas avoir fait fructifier leur avance, au milieu du troisième quart (53-42, 23e). Avec un Jeff Greer dans le ton en attaque (18pts), le PB aurait dû enfoncer le clou. Au lieu de cela, Harley et consorts ont multiplié les pertes de balles, vingt au total, et concédé trop de rebonds offensifs (14), donc de deuxièmes chances.

C’est d’autant plus dommage qu’Ogide, impeccable de sobriété, et Guillard ont contenu Tim Blue comme aucune autre équipe avant. Le poste 4 US termine avec un pourcentage aux tirs calamiteux. Las… L’ex-international Mamoutou Diarra (14pts) ou encore le jeune meneur Frédéric Bourdillon (10pts, 4pds, 12 d’évaluation) se sont révélés précieux au relais de leur leader. Non, les Sharks n’ont pas volé leur succès, ils ont juste bénéficié de circonstances particulières et d’une permissivité inhabituelle. « Le plan de jeu, c’était de limiter cette équipe à 65-70pts. On s’est ratés », admet Arnauld Thinon. Il y a fort à parier que ces deux équipes navigueront dans les mêmes eaux à la fin de la saison régulière. En attendant, Poitiers devra rattraper sa bévue dès vendredi prochain, à Saint-Eloi, face à Orchies. En espérant que d’autres slogans descendront des tribunes…

La fiche
A Poitiers, salle Saint-Eloi, Antibes bat Poitiers 85-83. Mi-temps : 40-44. Evolution du score : 16-14, 40-44, 60-64, 83-85. Scores par quart-temps : 16-14, 24-30, 20-20 25-19. Arbitrage de MM. Amrani et Mendès. 2069 spectateurs.
Poitiers. Thinon (11), Harley (7), Ogide (12), Fitzgerald (20), Guillard (5), Ona Embo (6), Joumard (4), Greer (18). Entraîneur : Ruddy Nelhomme.
Antibes. Blue (14), Solomon (27), Mbida (6), Spralja (7), Bourdillon (10), Aboudou (4), Diarra (14), Luwawu-Cabarrot (3). Entraîneur : Julien Espinosa.


Ruddy Nelhomme (entraîneur du PB86) : « Il nous a manqué beaucoup de petits détails, des balles perdues, davantage de présence au rebond, et un peu de respect des arbitres. Deux actions sont significatives : la prise à deux à la fin sur Solomon, où Carl Ona Embo prend la faute… Et puis, cette autre faute attribuée à Kevin Harley sur remise en jeu, quatre secondes après le coup de sifflet. Pour moi, Solomon a « floppé ». Ça fait quatre points contre nous. Je pense qu’il y a un manque de respect de l’arbitrage envers nous. Il n’y a pas eu les mêmes décisions pour Blue ou Solomon que pour des joueurs comme Fitzgerald, Ona Embo ou Greer, qui méritent aussi d’avoir des fautes.  Cela a pesé sur la rencontre. A +11, nous étions dans le rythme. Je ne suis pas en colère, mais les arbitres ont manqué de lucidité à la fin. Il faut qu’ils soient au niveau d’un match de top niveau de la Pro B. Maintenant, Solomon a été très fort, il a mis des shoots de folie. Il faut l’accepter, le reste non. »

Arnauld Thinon (meneur du PB86) : « Les Antibois ont été beaucoup plus agressifs que nous. Nous voulions un match en 65-70pts maximum, on finit à 85, on a donc raté notre match. On perd aussi trop de ballons faciles. C’était le premier test à la maison, à nous de nous remettre dans les rails pour vendredi prochain. »

Jeff Greer (ailier du PB86) : « Antibes a été très agressif en défense et physiquement. Il nous a manqué un peu de dureté. Quand on prend 85 pts contre une équipe comme Antibes, c’est difficile de gagner.  On a eu du mal à trouver le rythme, parce que ce match a souvent été haché avec les lancers francs. Personnellement, je me sens de mieux en mieux, de plus en plus agressif.  Maintenant, je veux faire ce dont l’équipe a besoin pour gagner… »

Julien Espinosa (entraîneur d’Antibes) : « Will est capable de tout, on le sait. Poitiers a bien failli le sortir du match avec une grosse pression défensive dès le début. Il a su faire face, on l’a décalé en poste 2 pour le soulager. Il a contribué à nous faire gagner. C’est l’un des matchs où nos deux US jouent le moins. L’apport du banc a été extrêmement positif. Les rotations ont parfaitement joué leur partition. Blue a été bien défendu. Dans un match engagé et haché, les joueurs doivent arriver à ménager leur frustration. Dans l’ensemble, on l’a bien fait. Ça aurait pu tomber des deux côtés, ça se joue sur deux paniers. On a la réussite avec nous, tant mieux. »

Photo
Mickaël Planès
 

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