
Aujourd'hui
Boissonot à maturité
A l’étroit dans ses anciens locaux du pôle République, le grossiste en fruits et légumes Boissonot a migré vers Migné-Auxances en 2022 et emploie désormais 73 salariés. Une vraie success story.
En décembre 2014, je me suis fait virer de mon poste d’entraineur d'une équipe de volley de division d’Elite. Sans prévenir, sans sommation, sans attention, sans reconnaissance pour les douze années de travail effectuées (en réussissant à faire monter l’équipe de cinq divisions). Pas de problème. Je suis un « homme fort ». Dès le lendemain je passe un coup de téléphone à un ami pour explorer les possibilités de travailler avec lui dans du coaching d’équipe d’entreprise. Tout se passe bien. L’année d’après, j’ai réussi à construire un business passionnant et florissant. Décembre 2015, je suis fier d’avoir réussi cette reconversion et, lors d’un repas entre amis, je sens que tout se détend en moi. Une heure après, je suis par terre, terrassé par des douleurs lombaires. Je ne peux plus bouger.
C’est le début de trois années passées dans un lit. Mon corps ne veut plus répondre. Je vois les meilleures kinés, les meilleurs médecins, j’explore toutes les médecines parallèles possibles. Rien à faire. Les douleurs sont insupportables et m’obligent à rester allongé. Mais je ne sombre pas. J’utilise plein de techniques de respiration, de visualisation, d’autohypnose, j’ai un « mindset positif »… Bref, je contrôle encore les choses. Du moins, j’en ai l’illusion, et c’est ce qui importe. Malheureusement, force est de constater que lentement, mais sûrement, je vais de plus en plus mal, physiquement et mentalement. Une sombre morosité s’installe, l’envie me quitte.
Comment faire pour se sortir de cet enfer ? J’avais tout essayé. Tout… sauf me laisser aller à ressentir pleinement ma douleur, ma tristesse et ma colère. Tout sauf m’abandonner totalement à mes ressentis. Lâcher prisz. N’ayant plus rien à perdre, ce saut dans le vide s’imposa à moi. Aucun courage à cet endroit. Moi, « l’homme fort », celui qui ne pleure pas, celui qui contrôle sa vie par sa volonté, je m’abandonnais à ma vulnérabilité. Et là, surprise ! Les moments d’effondrement étaient certes spectaculaires, mais ils ne duraient pas plus de quelques minutes. Et après, je me sentais bien. Apaisé. Vidé. Je retrouvais de l’espace pour sourire, pour rire, pour m’émerveiller. Ce choix a marqué le début de la remontée de mes enfers. Quel courage et quelle force ? Non. Un réflexe de survie. Je n’ai pas « décidé » de lâcher prise, j’ai constaté que tout était prêt à lâcher prise… et j’ai suivi le mouvement.
Tout a son rythme, tout a sa place. Et ce n’est pas en tirant sur une plante qu’elle finira par pousser plus vite. Alors, arrêtons les injonctions « d’être heureux » et de « lâcher prise ». Et si vous devez « accepter » quelque chose de tellement dur qu’elle est impossible à accepter… commencez par accepter le fait de ne pas accepter. Un petit pas pour l’homme (fort ?) un grand pas pour l’humanité (renouer avec notre sensibilité) !
CV express
Un driver : l’aventure humaine. Passionné des mécanismes de dynamique collective, auteur du livre Equipes gagnantes. Ancien entraineur pro de volley-ball, consultant-coach en management. A passé trois ans immobilisé dans un lit : une autre sorte d’aventure humaine en intimité profonde avec soi-même et la douleur… Aime accompagner les phases de transformation de l’être humain.
J’aime : la nature humaine, que je trouve profondément belle, les échanges de points de vue, la solitude, les moments avec mes filles.
Je n’aime pas : la dynamique collective de notre société, l’oubli de l’Histoire, constater que nos connaissances en sciences sociales sont majoritairement mises au service d’une société de consommation.
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