Grassin, marchands de couleurs

Au coeur de la vie économique depuis plus d’un siècle, la droguerie créée par les Grassin vend tout le matériel indispensable aux peintres, qu’ils soient artistes ou artisans. Depuis le retrait de Bruno, troisième génération de Grassin, des salariés fidèles entretiennent l’union et la proximité tant appréciées des clients.

Romain Mudrak

Le7.info

La boutique de la rue de la Marne appartient à la famille Grassin depuis 1911. Bruno, petit-fils du fondateur, connaît tous les salariés. A la retraite depuis bientôt un an, il conserve des liens étroits avec chacun d’eux. Sourire aux lèvres, les fidèles l’accueillent toujours par un salut amical. Bruno a repris l’affaire en 1985, au côté de son cousin germain, Christian Néel. « Dans cette entreprise, la direction a toujours été assurée en tandem. Christian était mon alter-ego et nous avions bien sûr la même rémunération », souligne l’intéressé.

Ensemble, ils ont développé un réseau de dix-sept agences dans l’Ouest et construit, en 1998, un entrepôt de stockage à Dissay. «
Grâce à cela, nous avons pu acheter des peintures, papiers peints et revêtements de sol en grande quantité et ainsi réduire nos coûts », se souvient l’ancien gérant. Ils ont surtout assuré la pérennité d’une activité créée, près d’un siècle plus tôt, par leur aïeul André Grassin. La légende raconte qu’André a acheté, en 1909, une petite droguerie de la rue Riffault, vendue un bon prix par son frère aîné, notaire à Poitiers. « Il n’était pas du métier, mais voulait conquérir une Parisienne. A l’époque, avoir une bonne situation était le seul moyen de convaincre le père de la demoiselle », explique Bruno Grassin.

Les salariés reprennent l’affaire

André vend alors aux artisans peintres en bâtiment la matière première indispensable à leur activité. Au fil des années, l’entreprise s’émancipe. Les revêtements de sol et de mur remplacent la vitrerie. Le métier évolue. Le siège se déplace de la rue Riffault au boulevard du Grand-Cerf (face à l’actuel Speedy), puis zone de la République 1. Philippe et Yves, deux des fils d’André, reprennent l’affaire en 1954 pour la transmettre ensuite à Bruno qui, pour l’anecdote, recrutera lui-même son frère Gilles comme responsable des achats.

Hasard du destin, la quatrième génération de Grassin n’a pas voulu perpétuer la tradition. Aucun des cinq enfants de Bruno ne s’est porté candidat en juillet 2013, quand l’heure de la retraite a sonné. « Il fallait avoir la compétence et l’envie. Je ne voulais pas les obliger, mais simplement qu’ils soient heureux dans ce qu’ils font. »

Une équipe de cadres très attachés à l’entreprise a pris la suite.Bruno s’est emparé du conseil de surveillance, histoire de « veiller » sur l’esprit de famille et de « rassurer » les salariés fidèles. Et il y en a beaucoup. Sur cent cinquante collaborateurs, Grassin comptait, l’année dernière, une centaine de médailles du travail, récompensant au moins vingt ans de loyaux services dans l’entreprise.

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