
Aujourd'hui
Une nouvelle enseigne a fleuri à Neuville-de-Poitou, au 18 rue Michelet. Derrière les larges portes coulissantes d’un ancien entrepôt, un drôle d’oiseau a fait son nid, une recyclerie baptisée Zeste de Colibris. Une multitude d’objets du quotidien, fruits d’une collecte de dons débutée en septembre, y sont soigneusement rangés par catégorie (vaisselle, vêtements, CD, petit mobilier, etc.), arborant des pastilles de couleur en-deçà de 4€, des prix au-delà.
Chloé Genevaise a mûri ce projet pendant près de deux ans. Avant, la Neuvilloise a eu une autre vie professionnelle, dans la communication. Elle y a mis fin pour inscrire son avenir dans l’économie sociale et solidaire (ESS). « J’ai toujours été engagée dans une démarche environnementale", explique l’intéressée qui a pu compter, pour mener à bien sa démarche, sur une dizaine de bénévoles acquis à sa cause mais aussi sur les retours d’expérience de ses homologues d’autres recycleries. "J’ai découvert dans l’ESS un monde où l’entraide est le maître-mot », glisse la fondatrice de la dernière-née des recycleries de la Vienne. Mais certainement pas la dernière. D‘autres projets sont déjà en germe, dans la Vallée du Clain notamment.
Le seul réseau ReNAITRe (Réseau Nouvelle-Aquitaine des initiatives territoriales du réemploi) compte onze adhérents dans le département, contre deux il y a trois ans. « ReNAITRe résulte de la fusion en 2019 des réseaux Limousin (2012) et Aquitaine (2017). Il n’en existait pas dans l’ex-région Poitou-Charentes, explique Clémence Souchard. Le maillage s’y est donc fait plus tardivement, d’où le nombre de recyleries/ressourceries émergentes. » La chargée de mission reconnaît aussi « des volontés politiques », la loi Agec (anti-gaspillage pour l’économie circulaire) en 2020, la feuille de route Néo Terra de la Région, la réglementation européenne ainsi que les appels à projets de l’Ademe et de la Région favorisant les implantations.
Néanmoins « il y a encore de la place pour des porteurs de projet ». Des zones blanches perdurent, à l’est du département notamment.
Créée en 2014, La Regratterie, à Migné-Auxances, a fait des matériaux sa spécialité, à destination du grand public, des acteurs culturels de Grand Poitiers -sa cible originelle- mais aussi des artisans. En charge de la communication, Aurélie Joly y constate une fréquentation en hausse. « Il y a trois ans, nous accueillions environ 250 visiteurs par mois, aujourd’hui plus de 500. » De peu sa cadette (2015), Mélusine, à Lusignan, accepte toutes sortes de ressources mais s’est spécialisée dans la réparation électrique et électronique. Terry Mougenot, facilitateur, y constate aussi un afflux croissant. « Face aux contraintes financières, les gens cherchent des solutions alternatives pour acheter à moindre coût. Beaucoup comprennent aussi que la planète n’est pas extensible », avance-t-il. « Les gens ont de moins en moins de complexe à acheter des objets qui ont déjà servi », confirme Thierry Brault, du Recyclarium à Loudun, qui détourne environ 40 tonnes d’objets par an. A Naintré, Le Ressort a déjà récupéré 120 tonnes depuis son ouverture fin novembre 2022. Partout les circuits sont similaires : dons, conteneurs en déchetterie… Partout des emplois sont créés. Partout aussi plane la problématique des locaux. Vite étroits, ils pèsent lourd dans les charges des structures.
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