La chef des «urgences sociales»

Les travailleurs sociaux et éducateurs de rue sont les témoins de la paupérisation de certaines catégories de population. Directrice du service « action sociale et santé » du CCAS, Christine Doury-Gadaud tente quotidiennement d’aider ces familles à sortir de la précarité…

Florie Doublet

Le7.info

14h45. Christine Doury-Gadaud n’a qu’un yaourt dans le ventre. Elle a passé la pause méridienne à son bureau, à consulter des dossiers, encore des dossiers. Et ce n’est pas fini. La directrice du service « action sociale et santé » du CCAS (*) prépare la commission de « secours exceptionnel », qui a lieu ce soir. Pendant de longues heures, travailleurs sociaux et élus de Poitiers statueront sur le cas de familles en difficulté, parfois même en grande précarité. Ils choisissent ou non de débloquer des fonds pour que ces Poitevins assurent leur logement et véhicule. En cas de problème de santé, et quand la couverture universelle médicale ne suffit pas, le CCAS peut également participer au financement de prothèses dentaires, lunettes...

15h15.
Une collègue a ramené des croissants et des pains au chocolat. Christine a un petit creux, mais l’heure n’est pas encore à la détente. Elle vient de tomber sur un dossier compliqué. Il risque d’être débouté en commission… « Le reste à vivre est supérieur à notre seuil, mais je suis sûre que certaines charges n’ont pas été comptées… » Bingo ! La mère de famille travaille de nuit au CHU, la nounou de la petite n’a pas été comptabilisée dans les frais. Un coup de fil au travailleur social qui a rédigé le rapport et le problème est réglé.

15h30.
Le téléphone de Christine sonne. Elle décide de ne pas répondre. « Sinon, je ne m’en sors plus, je suis constamment sollicitée. » La directrice va plutôt rarement sur le terrain, au contact direct des familles. Mais en tant qu’ancienne assistante sociale, elle sait que « derrière chaque dossier, il y a des personnes ». Récemment, l'une des travailleuses sociales de son service lui a parlé de ses inquiétudes. Elle suivait un homme à la santé fragile et n’avait plus de ses nouvelles depuis plusieurs semaines… « Je vous laisse deviner la scène que nous redoutions de découvrir derrière la porte… » Plus de peur que de mal, le monsieur était bel et bien vivant.

15h40
. Christine n’a pas tout à fait fini de consulter ses dossiers, mais un vacarme du tonnerre la sort de sa réflexion. Un homme agité vient de pénétrer dans le CCAS. L’individu est dans une colère noire. La cause de son courroux ? Un retard dans le versement du RSA. Dans ce type de cas, la directrice intervient toujours. Après plusieurs minutes de discussion, elle parvient à le calmer. « Vous savez, notre public est composé de personnes fragiles. Quand on vit avec 439€ par mois, cela génère des inquiétudes… »

15h50.
Remise de ses émotions, Christine Doury-Gadaud s’attaque au planning de ses agents : éducateurs de rue, travailleurs sociaux, assistantes sociales. Elle gère une véritable fourmilière. « On intervient dans tous les quartiers de Poitiers, notamment ceux jugés « prioritaires » comme les Couronneries/Saint-Eloi, Les Trois-Cités, Bel Air et Beaulieu. » Il est 16h. La directrice s’accorde une « pause café » avec une collègue. « Ce n’est pas l’usine non plus », plaisante-t-elle. Tout de même, il lui faut bien une dose de caféine pour affronter la commission du soir…

(*) Centre communal d’action social

 

Qu'est-ce qu'un éducateur de rue ?

A Poitiers, le CCAS emploie une éducatrice de rue chargée de la médiation auprès des populations dites « marginales ». « Bien souvent, ces personnes ont un toit, mais elles ont aussi leur réseau social et économique dans la rue », explique Christine Doury-Gadaud. Le travail de l'éducatrice consiste donc à accompagner ces gens vers les établissements mis à leur disposition, comme le Relais Georges-Charbonnier, le Toit du monde…

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