Le phénomène Crowdfunding

Plus d’une soixantaine de plateformes de financement participatif existent aujourd’hui dans l’Hexagone. À Poitiers, de nombreux porteurs de projets soumettent leur produit ou service au jugement des internautes. Un mode de financement qui se développe, y compris sur des marchés de niche.

Arnault Varanne

Le7.info

À la rentrée, le restaurant des Hauts de la Chaume de Saint-Benoît sera équipé de deux tablettes tactiles. Les clients pourront commander plats et vins à partir d’une application baptisée MenuTab. Une appli web qui n’aurait jamais vu le jour sans la générosité des internautes. 3 400€. Voilà la somme que deux PME poitevines, Pro Job Stratégie et Du web dans la cafetière, ont collectée via la plateforme de crowdfunding ulule.fr. « Le projet a séduit quatre vingts contributeurs. L’un d’eux, que nous ne connaissions pas, a donné 500€ », se réjouit Michel Senon, codirigeant de Pro Job Stratégie. En 2012, deux cadreurs avaient réuni à financer un film consacré à Evan Fournier en levant… 12 000€. Le fondateur poitevin du jeu de cartes 3D Power of Warlocks (cf. «7» n°218) a, lui, collecté 19 000€…

Bref, inutile de multiplier les exemples locaux pour se rendre 
à l’évidence : le « financement par les foules » suit une trajectoire ascensionnelle, notamment grâce à la puissance des réseaux sociaux. L’an dernier, la soixantaine de plateformes existantes, dont les plus connues se nomment Kiss Kiss Bank Bank, Ulule ou encore My Major Company, a permis de lever 78,3M€, soit trois plus qu’en 2012. Aux Etats- Unis, KickStarter a même réussi le tour de force de mobiliser… 5 millions de dollars sur un projet de glacière révolutionnaire. Alors, le crowdfunding, alternative crédible aux banques, soupçonnées de fermer le robinet du crédit ? Hubert Bailly n’y croit pas une seconde. Le président du Comité régional des banques estime le dispositif complémentaire, même s’il reconnaît que les « sommes récoltées sont faibles et ne peuvent constituer qu’un apport ». « En France, les prêts bancaires représentent 2000 milliards d’euros et 90% des demandes sont satisfaites », justifie le représentant du monde bancaire.

« DIFFICILE DE PASSER À CÔTÉ »

N’empêche, banques et acteurs de la création cherchent aujourd’hui à comprendre l’engouement autour de ces plateformes. Car d’une certaine manière, le crowdfunding libère les initiatives, offre une communication inégalée aux projets et permet de tester un marché. Chargée de mission au sein de l’incubateur régional Etincel, Coline Lerch perçoit aussi l’intérêt, pour de jeunes start-up innovantes, d’attirer l’attention d’investisseurs privés prêts à miser sur des pépites émergentes. «
Pouvoir s’adresser à un pool de financeurs, à travers une plateforme, est un plus non négligeable, indique-t-elle. C’est difficile de passer à côté ! » Sur le marché de l’innovation et du high-tech, où les levées de fonds se comptent en centaines de milliers d’euros, on ne parle pas de dons, mais de prêts ou de participations au capital.

En clair, derrière le terme crowdfunding, se nichent des réalités très 
différentes. « Nous recevons environ deux cent cinquante demandes par an, que nous sélectionnons selon beaucoup de critères, abonde Matthieu Gabard, chargé de projets pour financeutile.com. L’an dernier, huit ont été financées, avec un ticket moyen de 300 000€. Notre plus-value, c’est de nous assurer que la technologie est prometteuse. Il faut également qu’il y ait un feeling avec les dirigeants… » Dans quelques jours, les expertscomptables de la région se pencheront, à leur tour, sur le phénomène. « Le crowdfunding sera au centre de notre Université d’été, le 29 août, à La Rochelle. C’est un nouveau mode de financement, notamment pour la création d’entreprise, que nous devons absolument connaître », insiste le président de l’Ordre, Dominique Jourde. Une façon de surfer sur la vague, popularisée par le succès de My Major Company dès 2007(*), ou de contrôler un phénomène aux limites pour l’instant insoupçonnables ?

(*) Le label a notamment permis à Grégoire et Joyce Jonathan de se lancer, en 2007 et 2008.

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